Du porc ou du cochon?

(English version further down)
Une des nombreuses raisons pour lesquelles j’adore Londres, c’est qu’il y a tellement de verdure qu’on peut facilement y vivre sans jamais devenir tout à fait urbain. C’est super parce que j’ai toujours mis un point d’honneur à m’assurer que mes rejetons made in London ne soient pas plus nuls que les autres en connaissance de la faune et de la flore…
C’est dans ce souci d’harmonie avec la nature – et aussi parce que les enfants, tout le monde le sait, adorent tout ce qui est petit avec des poils ou des plumes et poussent des couinements – que j’organisais de temps en temps quand ils étaient petits (ce blog est décidément teinté de nostalgie…), une expédition dans une de ces “fermes” qu’on trouve à Londres, certaines coincées au milieu des HLM de l’East End, d’autres s’étalant confortablement dans la “ceinture verte” qui entoure la capitale. Godstone Farm était notre préférée: située dans le sud de Londres, à une demi-heure de route de notre porte, elle abrite une multitude d’animaux. On peut entrer dans les enclos pour les caresser et il y a un énorme terrain de jeux et une aire de pique-nique. C’est le paradis! Mon mari et moi y emmenâmes un jour notre progéniture – notre fille avait quatre ans, notre fils deux – au printemps, la saison où la plupart des mamans-animaux sont entourées de leurs bébés-animaux fraîchement nés ou éclos. Et si vous avez l’occasion de visiter une de ces fermes à cette époque, vous remarquerez que ce ne sont pas seulement les animaux qui couinent mais aussi des familles entières d’Anglais à grand renfort de « ohouououou » ondulés et de « how lovely! » (« vraiment adorables! »)  par-ci et « soooo cute! » (« tellement mignons! »)  par-là…
Mes enfants courent d’un enclos à l’autre, tout excités (« Regarde maman, regarde! ») puis s’arrêtent net, fascinés, devant l’auge d’une truie énorme aux mamelles enflées prises d’assaut par une bonne douzaine de petits gorets goulus. « Ohououououououou » s’émerveillent autour de nous les familles britanniques agglutinées contre la barrière, « Aren’t they lovely, look! ». C’est le moment que choisit ma fille, après avoir attentivement observé le spectacle, pour se retourner vers moi, le regard brillant, et me demander: « Ça se mange? ».
J’éclate de rire. Je vois quelques visages curieux se tourner vers moi en se demandant ce qu’elle a bien pu me dire pour me faire me bidonner comme ça. Tant pis pour eux, ils n’avaient qu’à persister en Français plus loin que le GCSE quand ils étaient à l’école, qu’ils comptent pas sur moi pour leur faire la traduction: on est quand même dans le pays où on a inventé les végétariens, non?… Pendant ce temps, ma fille garde fixés sur moi ses yeux emplis d’espoir de côtelettes.
Oh et puis merde! Je me suis transformée à la naissance de mes enfants en Parfaite Petite Fée du Logis qui passe un tiers de sa vie à se demander ce qu’elle va bien pouvoir faire à bouffer ce soir, à errer sans inspiration dans les allées des supermarchés et à se challenger au quotidien devant les fourneaux pour que ses enfants mangent sain et équilibré, je ne vais pas maintenant avoir honte de la diversité de leurs goûts culinaires et de leur intérêt pour la gastronomie, non!!!
Haut et fort, je réponds: « Oui mon cœur, ça se mange » puis je l’entraine vers l’enclos des paons, animaux peu comestibles, en me promettant de lui expliquer un jour que ce sont ses propres ancêtres, Guillaume le Conquérant et ses potes normands du XIème siècle qui, de tendance plutôt carnivore mais soucieux de différencier la viande et l’animal quand ils s’installèrent à la Cour d’Angleterre, y importèrent le mot “porc” (pork) pour qu’on ne confonde pas avec pig, “boeuf” (beef) pour marquer la différence avec ox et  “mouton” (mutton) avec sheep
Non mais honnêtement, qu’est-ce qu’ils feraient sans nous, les Anglais?…
PIG OR PORK?
One of the many reasons why I love London is that there ‘s so much greenery around that you can live here without ever becoming completely urban. Which is great because I’ve always wanted my kids, born and bred in London, to be as knowledgeable as any other kids about nature. Which is why, when they were little (this blog is definitely tainted with nostalgia…), I used to take them to those “farms” you can find all around London, some stuck between the buildings of the East End, others located in the more rural setting of the suburbs. Godstone Farm was one of those, our favourite – a 30 minutes’ drive from our place  in south-east London took us to an enormous piece of land equipped with a fantastic playground, a picnic area and many many animal enclosures. Paradise!… 
            One day we took our four year old daughter and two year old son there in Spring when the mummy animals are surrounded by their newly born or hatched baby animals and you are allowed to go and stroke some of them. Our children run from pen to pen, really excited (“Regarde maman, regarde!) and then they stop, transfixed, in front of a ginormous sow whose swollen teats are being assaulted by a dozen little greedy piglets. “Ohouououououou, how lovelyyyyyyy!” say the parents to the children around us, “sooooooo cute!”. My daughter is watching with great concentration then she turns to me and asks: “Can you eat that?”
            I burst out laughing and see a few curious faces turning to us wondering what she said that makes me chuckle this way. Tough, their fault if they didn’t do French beyond GCSE, I’m not going to translate it for them, I’m not that stupid: we’re in the country where vegetarians were invented, aren’t we?… Meanwhile my daughter keeps on looking up at me, her eyes full of hope for chops.
 Oh hell! When my children were born, I turned into the Perfect House Wife, devoting a third of my life wondering what we’re going to eat tonight, dragging my feet in the supermarkets’ alleys looking for inspiration and challenging myself on a daily basis in front of the cooker so that my children could have a well-balanced diet, now I’m not going to be ashamed of the diversity of their culinary tastes and their keen interest for gastronomy, am I!
“Yes my darling, I answer loudly, you can eat that”. And I invite her to go and see the peacocks, less edible animals, resolving to explain to her one day that it is her very ancestors, William the Conqueror and his Norman mates, who, once settled in London in the XIth century, loving their meat but anxious to differentiate the meal from the animal, introduced the words “pork” (from le porc) in the English language as well as “beef” (le boeuf) and “mutton” (le mouton).
Honestly, the English, what would they do without us?…
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4 commentaires pour Du porc ou du cochon?

  1. minou dit :

    Super, evidement je connaisais l’histoire mais c’est toujours bon d’y revenir.
    ça me rapelle aussi notre doudou qui etait devenu vegerarien sauf un jour par semaine pour se faire un petit plaisir….

  2. Daniela Boyce dit :

    brill!! keep up the
    good work xx

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