La mamie royaliste

(English version further down)
Oh la la, la vilaine: elle crée un blog et une fois qu’elle a rendu des milliers de lecteurs complètement accros à ses billets, paf! elle se barre en vacances et elle les laisse tomber comme des vieilles chaussettes! C’est sympa, tiens, bravo Domi!
Sorry, sorry, mes lecteurs chéris mais ça y est, les vacances c’est fini alors welcome back et vive la rentrée!
        C’est une histoire de rencontre que j’ai à vous proposer aujourd’hui. Ça s’est passé pas loin de chez moi juste avant les vacances. J’étais chez le marchand de journaux, debout à côté d’une vieille dame devant les rangées de magazines. On essayait toutes les deux de choisir le bon mais on hésitait (si on faisait des statistiques sur mes habitudes de consommatrice, à coup sûr il serait révélé qu’il me faut en moyenne 23 minutes pour choisir quoi que ce soit dans un magasin…)
        C’est une super jolie mamie: toute dodue, des cheveux blancs bien mis en plis encadrant un visage qui a manifestement vieilli autour de son sourire, elle me fait penser à ma Mémère Odette adorée. J’ai toujours eu un faible pour ce genre de vieilles dames: coquettes, vives, curieuses, avec toujours plein d’histoires à raconter. Elle est d’ailleurs en train de me regarder avec ses yeux qui pétillent parce qu’elle a trouvé le magazine qu’elle voulait, elle. Elle m’en montre la couverture où le Prince William et sa Kate chérie me sourient eux aussi de toutes leurs princières dents. Je les ai tellement vus ces derniers temps que j’ai l’impression qu’ils habitent â côté de chez moi! Mamie me regarde et me dit: « Ils sont beaux, hein? ». C’est formulé comme une question mais je vois bien que c’est purement rhétorique: pour elle ça ne fait pas l’ombre d’un doute, c’est même pas la peine de la contredire.
Bon, c’est vrai qu’ils sont mignons tous les deux et que, même si on a maintenant l’impression d’avoir fait le tour de leur gamme d’étirements des zygomatiques, on peut toujours apaiser sa soif de la nouveauté grâce aux tenues de la Princesse qui changent à chaque photo.
        « Oui », je lui dis pour lui faire plaisir. « Ils sont mignons ».
Mais là, Mamie fait une erreur: elle penche tendrement la tête sur le côté en regardant le jeune couple et ajoute: « Heureusement qu’on les a! ».
Un phénomène étrange se produit alors dans mes profondeurs (oui, messieurs-dames, j’en ai!): voilà-t’y pas que soudain, mon « Moi-Français » se réveille, s’ébroue et dresse la tête comme un coq à la pointe du jour. Tout d’un coup, je sens mes cellules de Républicaine qui s’entrechoquent, mes gènes de Sans-Culottes qui se trémoussent, mon sang 100% Tiers-Etat qui commence à bouillonner dans mes veines…
        C’est étrange parce que quand on vit dans un pays étranger depuis aussi longtemps que moi, on finit par ne plus appartenir vraiment à aucune des deux cultures: alors qu’on assimile sans s’en apercevoir certains aspects de la culture d’accueil, on perd peu à peu le contact avec des caractéristiques de sa culture d’origine. Ce qui fait que, culturellement parlant, on est condamné à vivre le cul entre deux chaises (« Excusez mon français! », comme disent les Anglais). Cependant, ça ne nous empêche pas de vivre des moments d’épiphanie d’une grande intensité au cours desquels notre Moi-Français remonte, telle Eve toute nue sur sa coquille Saint Jacques, à la surface.
        Donc, je suis là devant Mamie qui attend confirmation et j’ai une furieuse envie de lui demander si elle croit que nous, de l’autre côté de la Manche, c’est pour des clopinettes qu’on leur à coupé la tête à nos rois, nos reines et nos aristos… J’ai envie de lui expliquer que la monarchie, c’est pas démocratique, que la famille royale est très très riche grâce à nos impôts, ce qui n’est pas très très juste et que je trouve que, à mon avis, personnellement, elle a l’air d’être plus utile aux magazines avec beaucoup de photos qu’à l’économie du Royaume-Uni, la famille royale.
Ma réaction me surprend d’autant plus que je ne suis que très tièdement intéressée par la politique (et même ça, c’est un euphémisme!).
        Pendant que je me porte intérieurement à ébullition, Mamie me sourit avec ses dents qu’on dirait des petites perles un peu jaunies, le regard illuminé par la ferveur monarchique. Moi j’imagine ses placards remplis de mugs, d’assiettes et de torchons  avec les bouilles de Will et Kate imprimées dessus et je reste là, indécise. Est-ce que ça vaut la peine de faire de la peine à Mamie? Telle est la question. En plus, il y a quelques semaines, j’ai osé aborder le sujet épineux de la royauté avec un petit groupe d’Anglais tout à fait sains d’esprit. Voulant jouer la carte de la franchise et un petit peu par provocation, je leur ai avoué que je trouvais cet héritage du passé pittoresque, certes, mais légèrement désuet nonobstant. Ils m’ont répondu vertement que si j’avais été là pendant la guerre et vu comment la famille royale a su, à ce moment-là, soutenir le moral de toute la nation par son comportement exemplaire, je verrais peut-être les choses différemment. Ils étaient tellement remontés que je n’ai même pas eu le courage de leur faire remarquer qu’aucun d’entre eux n’était là pendant la guerre…
        Je rends donc son sourire à Mamie et je réponds « Mmmmm » en hochant la tête de la façon la plus mystérieusement opaque possible: un art que je maîtrise désormais à la perfection, très utile pour faire croire que je comprends quand je pige que dalle ou pour signifier que je suis pas d’accord sans que mon interlocuteur en soit complètement sûr.
        Mamie est contente. Elle paye son magazine et s’en va en trottinant gaiement. Après avoir payé le mien (s’ils avaient eu Le Canard Enchainé, je l’aurais acheté en acte de contrition après tant de biaiserie mais, dans ma banlieue du sud-est de Londres, ils ne vendent pas le Canard ), je remonte pensivement ma rue en me disant que finalement, tout en étant restée beaucoup plus française que je ne le pensais, j’avais aussi largement sous-estimé l’impact de la culture anglaise sur mon comportement.
Naughty naughty girl! She creates a blog, makes thousands of readers completely hooked to her posts and then paf! off she goes away on holiday, abandoning them as if they were old socks… (is this too literal a translation? I always lose my English when I go to France for a long time). Very nice, Domi, really!
I’m very very sorry, beloved readers, and I’m back so welcome back (fairly easy to translate!) and long life to the Going-back-to-school! (very difficult to translate!)
 
And to celebrate that, I will tell you the story of a sweet encounter…
It was just before the holiday, I was at the newsagent’s standing next to an old lady in front of the rows of magazines. We were both trying to pick up the right one but none of us was sure which one that was (if there was a survey made about my personal consumer’s habits, I’m pretty sure it would come up that I spend an average of 23 minutes to chose anything in any shop…). She was a really cute specimen of a granny: plump, grey permed hair around a face whose wrinkles were clearly born around her smile, she reminded me of my beloved Mémère Odette.
She turned and smiled at because she had found the magazine that she wanted, lucky her. She showed me the cover where Prince Williams and his beloved Kate were also grinning at me with all their royal teeth. I’ve seen so much of them lately that I’ve got a feeling they’re living next door. Granny looked at me and said: ”They’re cute, aren’t they?”.
It sounded like a question but it was obviously not one: she had no doubt about that. Ok, they are cute and even if I had a feeling that I had exhausted their range of ecstatic facial expressions by then, I could still gather a fair amount of curiosity from the novelty of the Princess’s outfits which are different on each photo.
“Yes”, I answered to please her. “They’re cute.”
But then Granny made a big mistake: gazing with tenderness at the happy couple, she added: “We’re so lucky to have them!”
Following which a strange phenomenon happened: my French-Me woke up, shook herself and straightened up like a proud cockerel at dawn. All of a sudden I could feel my republican cells fidgeting, my proletarian blood gushing through my veins, my revolutionary genes pulsing…
Which is surprising because when you’ve been living in a foreign country for as long as I have, you end up integrating certain aspects of your host culture whilst the ties with your own culture become a bit loose. You become a bit of an in-betweener…  But it does not stop voluntary exiles like me from occasionally living intense moments of epiphany when, often quite unexpectedly, their French-Me resurfaces.  
So there I am, standing in front of my old lady who’s awaiting for confirmation and I furiously want to explain to her that we, on the other side of the Channel,  didn’t cut the heads of our kings, queens and aristocrats for nothing, you know… I want to tell her that thanks to our income taxes, the royal family is very very rich which is not very very fair and that in my opinion, I think, personally,  that it seems to be more useful to all the magazines with a lot of photos in them than to the economy of the United Kingdom. And this, again, comes as a surprise to me since I’ve always been only mildly interested in politics (and even this is an understatement!).
So, while I’m bringing myself to boiling point internally, Granny keeps smiling at me with her teeth like little beads of yellowing mother of pearl, her eyes filled with royalist fervour. Looking at her, I can picture all the mugs, the tea-towels, the plates in her cupboards with Will-and-Kate’s grinning faces printed on them so there I stand, indecisive: is it really worth hurting her feelings? That is the question. And I remember that the other day, in one of my conversation classes, I bravely introduced the delicate subject of monarchy with a group of thoroughly sane students and, wanting partly to be honest, partly a bit provocative, I confided to them that I find this historical heritage incredibly charming but slightly obsolete nevertheless… They answered very severely that if I had lived in England during the Second World War and seen how the royal family managed to keep up the morale of the whole nation through their exemplary behaviour, maybe I would think differently. They were so incensed that I dared not mention the fact that none of them were here during the Second World War…
So I smile back to my old lady and I say “Mmmmmmmmmmmmmmmmmmmm” nodding my head sideways in the most opaque way possible, an art I now master perfectly, very useful when I want people to think that I understand when in fact I don’t get it at all or when I want to express my disagreement without the person I am speaking to being absolutely sure about my opinion.
Granny is happy. She pays for her magazine and trots away gaily. I pay mine and walk back home pondering over the fact that while I have remained a lot more French than I thought, I had at the same time vastly underestimated the impact of English culture on my behaviour.        
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4 commentaires pour La mamie royaliste

  1. the girl with the agricultural tan dit :

    You can’t have a blog called londonneries, ask me to subscribe and then not provide an engilsh version. Sort it out woman.

  2. pauline dit :

    It’s really a funny storie! I hope you will recognize your niece’s bad english! Haha ^^

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