En hommage à tous mes collègues…

(English version further down)
Est-ce que les gens se rendent compte de la dose de sang-froid qu’il faut avoir quand on est professeur de Français pour adultes en Angleterre? Je suis sûre que non. Et pourtant, entre les étudiants qui « jouissent » en-veux-tu-en-voilà pour traduire enjoy en français (un jour où nous travaillions sur le passé composé, un de mes étudiants a annoncé à toute la classe qu’il avait « beaucoup joui le week-end », on était tous contents pour lui), ceux qui « baisent » à qui mieux-mieux (leur femme, leurs enfants, leurs amis et j’en passe…) alors qu’ils avaient juste l’intention de les « embrasser » (pourquoi le dictionnaire ne dit-il pas plus clairement qu’il n’y a aucun problème quand « baiser » est un nom mais que si c’est un verbe, c’est même pas la peine d’essayer?), ceux qui insistent pour « s’introduire » au lieu de se présenter, ceux qui vous demandent, dès leur première leçon, « dans quelle chambre on va? » (pour les Anglais, vous avez remarqué? room et bedroom, même combat!), eh bien je vous jure, il faut être fort mentalement, très fort! On n’insistera jamais trop sur les précautions à prendre quand on utilise un dictionnaire bilingue!
Et c’est sans compter ceux qui mettent des « préservatifs » plein leurs confitures sous prétexte que ça veut dire « conservateurs » en anglais! Mais ça, c’est encore autre chose: nous abordons là le terrain miné des faux-amis, ces mots perfides qui se ressemblent comme deux gouttes d’eau dans les deux langues mais ne signifient pas du tout la même chose. Prenez library, qui veut dire « bibliothèque » ou actually qui ne signifie pas du tout « actuellement »(ce serait trop facile !) mais « en fait » alors que eventually, bien sûr,veut dire « finalement »… Il y a de quoi y perdre son français.
Moi, c’est en pleine leçon dans la City que j’ai eu affaire au faux-ami le plus juteux: je donnais un cours particulier à un agent d’assurances dont le français était déjà très bon et nous parlions de la situation économique en Grande-Bretagne dans les années 80. Soudain, il s’arrête en pleine phrase et je vois qu’il lui manque un mot. Il rapproche alors ses deux mains l’une de l’autre en faisant le geste de rassembler des éléments épars et me demande avec le sérieux qui caractérise l’élève avide d’apprendre: « Comment on dit, en français, quand un groupe d’hommes bandent ensemble pour … » mais il s’arrête en pleine phrase parce que j’ai pouffé sans aucune délicatesse, la main plaquée devant ma bouche et les yeux écarquillés d’étonnement. Bon, je sais bien que band together veut dire « se regrouper » et le contexte me dit que c’est le mot « syndicat » qu’il cherche mais le problème avec moi, c’est que si je suis 100% concentrée sur les besoins linguistiques d’un étudiant, il ne faut pas qu’il me parle d’érections collectives: non seulement ça me déconcentre mais ça peut aussi me rendre pédagogiquement dysfonctionnelle pendant une durée indéterminée. C’est pourquoi la seule chose que je puisse faire pour le moment, c’est me bidonner sur ma chaise en secouant la tête et en répétant « Non, pas bander, pas bander », l’esprit assailli d’images perturbantes d’orgies syndicalistes exclusivement masculines… Berk! Je fais tellement d’efforts pour contenir poliment mon hilarité qu’elle me ressort par les yeux. Mon étudiant me regarde en souriant et attend tranquillement que je me calme pour pouvoir lui expliquer pourquoi « Non, pas bander, pas bander! »…
Finalement, j’ai réussi à lui expliquer pourquoi « bander » n’était pas le mot adéquat dans ce genre de circonstances. D’ailleurs, linguistiquement parlant, nous avons fait d’une pierre deux coups ce jour-là car mon étudiant a appris deux nouveaux mots au lieu d’un: « partouze » et « syndicat » (qu’il ne faut pas traduire par syndicate en anglais).
©Londonneries 2011-2012
I don’t think that people realise how cold blooded you’ve got to be when teaching French as a foreign language in London. To give you an idea, first you have to deal with the over-zealous students who, before the lesson, check (too quickly) in the dictionary (always a bad idea!) how to translate “enjoy” in French and end up casually telling the whole group in the Monday evening class that they have joui le week-end ( which, in a way, is good news since, when it’s not followed by de, jouir means “to have an orgasm”… Poor students, how could you be mad at them when there isn’t even a proper verb in French to translate “enjoy” (which, personally, I find quite upsetting)? And anyway, even if it means that the atmosphere in the class can be heavily sexually charged, we do have to practice the past tense. And it’s not the end of it: you also come across the students who want to “kiss” (embrasser in French) but end up “f…ing” (their wife, children, friends, you name it) only because most bilingual dictionaries don’t make it clear that although perfectly innocuous when used as a noun, baiser is incredibly risqué as a verb. And what about those who want to “penetrate” (which is how we translate “introduce”) instead of se presenter, those who, just before their very first lesson, ask you dans quelle chambre on va? (“In which bedroom are we going?). Which makes me wonder why the difference between “room” and “bedroom” is so blurry for my English students… I realised that if I tell them straight away, in a very stern tone, that we have no beds in our salles at the Language Centre, they don’t make that mistake twice. So please, please, do be cautious when you use a bilingual dictionary! 
And I haven’t mentioned yet the students who stuff their jam with condoms, completely unaware that it’s what préservatifs means in french! But that’s something else: we are now dealing with les faux-amis (the « false friends »), those treacherous words which look and sound like twins in both languages but have in fact two completely different meanings like “library” and librairie which means “bookshop” or “actually” and actuellement which means “at the moment” or “eventually” and eventuellement which means “maybe”… A real minefield!
My own encounter with the juiciest faux-ami took place in the City. I was teaching in an insurance company to a student whose level in French was quite advanced and we were talking about the economic situation in Great-Britain in the 80’s. All of a sudden, he paused, looking at me questioningly: he was missing a word. So he gathered his hands as if to hold a bunch of something and asked me: “Comment dit-on quand un groupe d’hommes bandent ensemble?” (which, once translated, means: “How do you call it when a group of men have a hard-on together?) then he stopped because he saw my eyes widen and my mouth open with as much surprise as merriment and also because the only thing I could do at that point was to shake my head vigorously and ask him not to use bander, please, not bander… Ok, I knew what “band together” meant in English and even if his translation of it had been a little bit too literal, the context had helped me guess that he wanted to know how we say “trade union” in French but it didn’t stop me from giggling helplessly on my chair, my brain full of disturbing visions of exclusively male unionists’orgies… Yuk! My student was waiting for me to calm down, smiling, so that I could explain to him why men can’t band together in France.
Eventually I managed to explain to him why bander was not appropriate in an economic context and actually, that mistake was productive from a linguistic point of view because that day, my students learnt two new words instead of one: une partouze (a convivial way to say “orgy” in French) and also un syndicat (which means “trade union”, not “syndicate”).
©Londonneries 2011-2012 
    
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9 commentaires pour En hommage à tous mes collègues…

  1. Estelle dit :

    loved it !!

  2. minou dit :

    un peu « Rough »(ou devrais-je dire Rugueux), mais j’aime quand même…

  3. Jean-Philippe dit :

    Bonsoir Dominique. J’ai beaucoup aimé. Tu m’autorises à mettre les références de ton blog et de cet article sur mon facebook ? Il n’y a là que des amoureux des langues.
    Bàt,
    JP

  4. ROUSSEAU dit :

    Bonsoir Dominique ! J’ai beaucoup apprécié la lecture de ton texte et me suis empressée d’en faire profiter my English correspondent qui a beaucoup ri lui aussi. Félicitations ! J’attends avec impatience d’autres proses du même style…..Matter to follow !

    • londonneries dit :

      Merci beaucoup, ça me fait vraiment plaisir et ça me motive pour m’y remettre….

      • ROUSSEAU Brigitte dit :

        Je compte sur toi ! Really ! (I like this word). Ecrire des textes bilingues est doublement enrichissant. Les « misunderstandings sont au coeur de mon apprentissage actuel. Un anglais m’a dit qu’en voulant écrire « salut » à une française, il avait écrit « slut » !…..Life is sometimes difficult !!!!

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